Jui
28
2012

Le droit de la force et la force du droit

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Le droit de la force: la foi

La foi: est la force la plus grande sur terre:

Quelle a été l’œuvre du prophète à La Mecque ? Il y a forgé la foi : la plus grande force sur terre. Si on pose la question : « Quelle est la plus grande force sur terre ? » d’aucun répondront : « c’est la bombe atomique ou l’énergie nucléaire, car son onde de choc et ses radiations détruisent instantanément des millions de gens et ne laissent derrière elles ni hommes, ni bêtes, ni plantes, ni aucun être vivant. Qui peut être plus fort que ces armes de destruction ? Leur inventeur grâce à ses aptitudes intellectuelles ; ce don divin qui lui permet de parvenir aux autres planètes. Il a envoyé des vaisseaux spatiaux sur la Lune et sur Mars à la vitesse prodigieuse de 40.000 kilomètres/heure au moment où les avions de lignes se déplacent à la vitesse de 900 ou 1000 kilomètres à l’heure seulement. Quarante mille kilomètres à l’heure, c’est quelque chose ! Celui qui, grâce à ses possibilités intellectuelles a réussi à fabriquer la bombe atomique est donc plus fort que la bombe atomique… Considérons maintenant cette force qui arrive à pousser un individu à consentir le plus grand sacrifice, à sacrifier en même temps tout ce qui est précieux comme ce qui ne l’est pas, à accepter le sacrifice suprême, la mort ; c’est la force de la foi, force à nulle autre pareille. En effet, y a-t-il plus précieux que la vie chez un individu ? Y a-t-il plus précieux que sa propre existence ? Offerte en sacrifice dans la voie de Dieu, la vie d’un croyant ne vaut pas grand chose pour lui. Cette force qui consiste à offrir spontanément ce qu’on possède de plus précieux : la vie, est la force de la foi. C’est ainsi que dans les grandes batailles de l’histoire de l’Islam, est devenue le leitmotiv lancé par les généraux et les combattants musulmans à leurs adversaires, la fameuse devise : « Nous venons vous combattre avec des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie. »
Quelle a donc été la première entreprise du prophète paix et bénédictions sur lui, à La Mecque ? Il s’y est consacré à forger la foi de ses compagnons, à l’incruster au plus profond de leurs âmes. C’est pour cette raison que la foi est considérée comme une notion essentielle, un aspect fondamental de la doctrine que l’Envoyé de Dieu a renforcée, consolidée et affermie à La Mecque à un moment où la communauté musulmane était militairement et numériquement faible. C’est donc à dessein que l’injonction divine de ne pas combattre a été révélée dans le verset ci-après :

(N’as-tu pas vu ceux auxquels il a été dit : ‘abstenez-vous de combattre, mais accomplissez la prière et acquittez-vous de l’aumône légale)

[Coran, sourate 4, les femmes, extrait du verset 77]

La foi est un amour et une connexion avec Allah:

Chers frères, c’est une particularité de l’islam qui s’avère être une religion d’amour, car sans amour, l’islam n’est plus qu’un corps sans âme, autrement dit un vulgaire cadavre dépouillé de l’amour, de l’affection, des battements du cœur qui en font une religion vivante, nourrie d’émotions, fleurant l’humanisme, comme décrite ci-après :

(Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent à la moindre mention de Dieu, dont la récitation de Ses versets augmente leur foi, et qui placent leur confiance en leur Seigneur)

[Coran, sourate 8, le butin, verset 2]

Et dans cette tradition :Le prophète dit :

Les alliés de Dieu sont ceux qui, dès qu’on les aperçoit, nous font rappeler Dieu Tout Puissant

[Tradition recueillie par Al-Hakem, d’après Ibn-Abbas]

Ils sont les alliés de leur Seigneur de par leur relation privilégiée avec Lui, de par leurs rapports teintés de foi, de par leur état spirituel gorgé de foi, de par la fusion foi/amour qu’ils avaient acquise, de par leur foi enfantant le sacrifice, de par la leur foi intimement liée à leur discipline.
Cet état d’esprit fit que les compagnons du prophète, paix et bénédictions sur lui, l’aimaient à un degré exceptionnel.

Lorsque la foi devient vide de son sens:

De nos jours, lorsque l’amour réciproque déserte les cœurs des musulmans, ne restent que les structures grandioses sans âmes des mosquées, les bibliothèques/vitrines garnies d’ouvrages livrés à la poussière, les congrès pompeux, mais stériles, et les apparences si trompeuses…
Il existe une mosquée que j’ai visitée (que le traducteur a également visitée en 1997) à Casablanca, construite au bord de l’océan ayant couté la bagatelle de un milliard de dollars. Son minaret est le plus élevé au monde. C’est un édifice destiné à abriter une université avec tout ce que ce terme signifie. Les salles de culte y sont une splendeur ; sa décoration est une merveille du genre. Elle possède des salles de conférences, des hôtels cinq étoiles, des bibliothèques et autres merveilles alors qu’il n’existe plus d’amour entre les croyants et aucune relation privilégiée ne les lie avec leur Créateur…
Considérons l’exemple suivant avec la plus grande attention : Le commerce englobe des dizaines, voire des centaines, et mêmes des milliers d’activités. Considérons maintenant un négociant qui fait l’acquisition d’un grand centre commercial dont il prévoit des services d’import, des entrepôts, un personnel qualifié, des comptables, une administration, un service commercial et un service de publicité et de promotion des marchandises. Il effectue des voyages, des déplacements, des visites d’affaires et moult autres activités similaires. Toutes ces activités découlent d’une seule action qui a commencé avec l’achat du local, entrainant la série d’autres activités annexes propres à l’activité commerciale, à savoir la désignation d’un personnel d’import qualifié, les déplacements et voyages d’affaires, la désignation d’agences agréées, l’importation de marchandises, son exposition et sa vente, son transport, son transbordement, son prix, le transfert d’argent aux ateliers, les réunions, les règlements des différends, les problèmes liés aux prix, les problèmes inhérents aux ventes et aux achats annexes… Toutes ces activités se résument à un seul concept : le gain. Si l’activité d’un individu ne lui procure pas de gain, ce n’est pas un commerçant.
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Parallèlement, les activités religieuses qui consistent à construire des mosquées, à y prévoir des bibliothèques, à y désigner des imams et des prêcheurs, à y programmer des exposés, des prêches, des émissions radiodiffusées et télévisées, des conférences ainsi que moult autres activités, à prévoir une profusion d’ouvrages sur la vie du prophète, paix et bénédictions sur lui, d’ouvrages d’histoire, d’ouvrages de langue, d’ouvrages sur la façon de psalmodier le texte sacré, d’ouvrages sur les règles relatives à l’exégèse, d’ouvrages sur les sources du droit musulman, d’ouvrages sur les droits comparés, d’ouvrages sur l’histoire du droit musulman, d’ouvrages sur les règles de succession, d’ouvrages sur les relations générales, d’ouvrages sur la croyance, d’ouvrages sur la tradition prophétique, d’ouvrages sur la terminologie relative aux traditions, et moult autres activités religieuses relatives à l’apprentissage, à l’enseignement, à l’édition, à l’édification de mosquées, aux administrations générales, aux associations caritatives, et tout ce qui a rapport avec la religion ; le tout se résume à une seule notion : la relation avec Le Créateur ; et si cette relation n’existe pas, l’ensemble de ces activités n’a plus aucun sens.

Le droit de la force selon la notion occidentale:

Concernant le monde occidental contemporain, le droit possède une seule signification : la force ; militaire s’entend. La force est à l’origine du droit ; et ainsi, il n’applique pas deux poids deux mesures seulement, mais mille poids mille mesures, le droit de la force étant de leur côté. Par contre, pour les croyants, le droit consiste en ce qui a été révélé par Le Créateur Tout Puissant et qu’on retrouve dans les deux révélations : le Coran et la Sounna ou ensemble des traditions rapportées sur le prophète, paix et bénédictions sur lui. Même de source divine, ce droit a besoin de force dans sa dimension humaine.

La force du droit (de la vérité) :

Le bon droit a quand même besoin de l’usage de la contrainte pour son application ; autrement dit, la concrétisation du bon droit pour réaliser la justice nécessite le recours à l’usage de la force. Ensuite, c’est une nouvelle étape accompagnée d’une autre stratégie que l’envoyé de Dieu a franchi en émigrant à Médine ; il y a entrepris l’édification d’une entité musulmane, la constitution d’un état musulman ; ce qui lui permit de livrer bataille à trois reprises aux Qoraïchites et d’y faire quelques raids et incursions qui ont obligé les adversaires à reconnaître l’entité musulmane avec laquelle ils ont dû négocier la fameuse trêve de Houdaïbya.
Lors de la première étape mecquoise : qui consistait à forger l’âme des croyants en y incrustant la foi
Allah le tout Puissant dit :

(Par le soleil et par sa clarté ! Et par la lune quand elle le suit !)

[Coran, sourate 91, le soleil, versets 1 et 2]

(Par l’aube ! Et par les dix nuits !)

[Coran, sourate 89, l’aube, versets 1 et 2]

(Sur quoi s’interrogent-ils mutuellement ? Ils s’interrogent sur la grande nouvelle !)

[Coran, sourate 78, la nouvelle, versets 1 et 2]

Par contre, à Médine : ils ont obtenu la reconnaissance en tant qu’état avec le pouvoir de légiférer et doté d’une force militaire.

La dualité de la force de la vérité et du droit à la force.

c’est la raison pour laquelle le prophète, paix et bénédictions sur lui, s’est occupé d’abord à forger la foi dans le cœur des croyants à La Mecque, puis dans une seconde étape médinoise, s’est attelé à asseoir les bases d’un état solide, disposant ainsi de la force de la vérité et du droit à la force.
Posons-nous maintenant la question de savoir pourquoi Caïn a tué son frère Abel ? Caïn disposait de la force. C’était le frère le plus fort alors qu’Abel avait pour lui le droit, mais il était plus faible, et fut ainsi tué. Que lui manquait-il alors que le droit était de son côté, alors qu’il a présenté une offrande en sacrifice que son Seigneur a agréé, alors qu’il a obéi à son Seigneur en épousant la sœur de son frère ? Il lui manquait la force de Caïn ! Et qu’est-ce qui manquait à Caïn ? Il lui manquait la foi de Abel, ce qui fit Caïn disposer du droit de la force alors que son frère disposait de la force du droit.
C’est la raison pour laquelle le prophète, paix et bénédictions sur lui, s’est d’abord occupé d’acquérir la force du droit à La Mecque pour s’occuper à disposer du droit de la force à Médine.
C’est également la raison pour laquelle notre prophète, paix et bénédictions sur lui, nous a appris que la force du droit ne suffit pas, car lui-même disposait de la force du droit à La Mecque et ne pouvait rien faire en voyant ses compagnons subir les tortures des qoraychites ; ce qui l’amena à entreprendre la tâche d’édifier un état solide à Médine, état musulman qui lui permit d’acquérir le droit de la force.
La foi et la croyance ne suffisent donc pas au croyant ; il ne lui suffit pas d’être moralement pur et pacifique et se contenter de dire : ‘’ il n’y a de volonté et de force que celles de Dieu… Que puis-je faire ? La décision n’est pas entre mes mains !’’ Il est vrai que le pouvoir de décision et toutes les stratégies appartiennent à ses maîtres alors que lui se contente de se lamenter en mots creux qui le confortent dans sa faiblesse, dans sa reddition dans tous les domaines, supportant les pressions et l’avilissement, résigné dans son état d’infériorité en se justifiant : ‘’Nous sommes faibles’’, ‘’Dieu en a décidé ainsi’’, Que pouvons-nous faire ?’’ Etait-ce là la manière d’agir des compagnons du prophète, paix et bénédictions sur lui ? Que non !
Le premier souci du prophète, paix et bénédictions sur lui lorsqu’il parvint à Médine fut de passer à une étape cruciale de l’histoire de l’Islam ; il s’est attelé à édifier un état solide, seul facteur qui lui permit d’acquérir le droit de la force et qui lui permit non seulement de combattre les Qoraychites, mais de les battre à la bataille de Badr. Ce droit lui permit de les combattre encore à Ouhoud, puis de les défaire à la bataille dite ‘de la tranchée’ (khandaq) et de les harceler en différentes escarmouches qui lui permirent de s’emparer de tout ce que représentait la puissante tribu de Qoraych, symbole de la force, de la puissance, de l’orgueil, de la frénésie, de la tyrannie et des mœurs dissolues dont les membres se vautraient dans l’alcool, la luxure, la dépravation, mais qui finirent par reconnaître leur défaite et se soumettre au jeune état musulman.
C’est la voie que devrait prendre le monde musulman actuel, car s’il ne s’y résout pas, il ne pourra même pas appliquer l’islam chez lui. Il faut qu’il se rende à l’évidence que ce monde est plein de Caïns et de Abels. Si les Abels sont croyants, grâce à Dieu, leur destinée, si Dieu veut, est le paradis, mais ils le gagneront égorgés comme des agneaux. Quant aux Caïns, ce sont des tueurs et des criminels, doués de forces. Si seulement les Abels s’inspiraient des Caïns en matière de force, de puissance et de pouvoir.

D’où commençons-nous?

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Chers frères, J’ai commencé cet exposé en faisant référence à l’amour. Le croyant aime-t-il son frère croyant aujourd’hui ? Faisons une petite comparaison entre l’époque de l’hégire et aujourd’hui… Les compagnons du prophète accomplissaient la prière de la nuit close à la mosquée et ne se quittaient pas pour la nuit sans s’étreindre les uns les autres et se souhaiter au revoir. Les nuits étant très courtes en été, ils rejoignaient la mosquée dès l’aurore et se comportaient comme s’ils ne s’étaient vus depuis des lustres alors qu’ils étaient ensembles quatre ou cinq heures plus tôt seulement. Lorsqu’ils se revoyaient à la mosquée après ces courtes séparations, ils se congratulaient, s’étreignaient et se félicitaient de leurs retrouvailles. Ils partageaient une certaine affection qui les faisait se saluer de nouveau s’ils venaient à se séparer pour quelques instants seulement dans leurs marches et leurs déplacements. Les liens d’amitié étaient si forts qu’ils étaient heureux de se saluer continuellement. Je pense que nous avons besoin d’un tel amour entre nous aujourd’hui, et je pense que nous avons besoins de la même fraternité aujourd’hui, pareille à ceux dont parle le Seigneur dans la tradition sacrée ci-après :

Mon amour est acquis de fait le Jour du Jugement Dernier à ceux qui s’aiment en Moi, à ceux qui se rencontrent pour Moi, à ceux qui donnent pour Moi, à ceux qui se rendent visite pour Moi, à ceux qui s’aiment pour Moi. Ils seront sur des chaires de lumière que leur envieront les prophètes, les justes et sincères, et les martyrs.


[Tradition sacrée recueillie par Ahmed, Attabarani, et Al-Hakem, d’après ‘Oubada-Ibn-Assamit, et d’après Mou’adh]

Signes avant-coureurs de l’arrivée du prophète à Médine.
Lorsqu’aujourd’hui un individu se range et se réconcilie avec son Créateur, il profite de cette rédemption et gagne en soutien, en noblesse, car l’Islam le prend en charge, l’élève dans la vie et l’ennoblit. Alors si Allah est avec toi, qui sera contre toi? Et si Allah est contre toi qui seras avec toi?

Et louange à Allah Seigneur de l’univers

Traduction : Abderrahim Zénati
Vérification : Mohamed-Tahar Zénati